Une soirée au chant du dragon

En ce soir de pleine lune, la nuit est éclairée seulement par quelques étoiles qui apparaissent au travers des nuages et la lumière chaleureuse de la taverne du Chant du Dragon.
Habitué à l'atmosphère légère du Tord Boyaux, sa taverne préférée, Goblin marque une pause à l'entrée du Chant du Dragon. Le froid hivernal s'engouffre par la porte béante, et plusieurs buveurs plus qu'à moitié saouls lancent cris et injures. Goblin relève son capuchon, révélant son visage bestial et ses crocs acérés. Aussitôt les clameurs se taisent, les buveurs retournent prudemment à la contemplation du fond de leur verre.
Goblin ne s'attarde pas plus dans la pièce principale de l'auberge, mysterieusement nommée Le Wisp Argenté. Le brouhaha y est indicible, un amas de questions stupides, d'injures sans intérêt, de bravades futiles.
Il ne reste pas plus longtemps dans la seconde pièce, la salle des Epées Ensanglantées, où les plus grands guerriers de Britannia sont plongés dans l'admiration de leur propres muscles.
Enfin arrivé dans la troisième pièce, Goblin enleve sa cape, adosse le fourreau contenant son katana à un mur, et s'assoie confortablement. Comme d'habitude, il est tout seul dans la Salle des Huits Vertus. Oh, il arrive bien que quelques paladins ou un apprivoiseur de dragons y fassent une apparence, mais tout comme Goblin ils ne restent jamais bien longtemps.
Sirotant un verre d'un liquide indéterminé qu'il a amené avec lui, Goblin porte son attention vers les bribes de conversation qui lui parviennent des Epées Ensanglantées.
Par l'ouverture de la porte, il aperçoit deux connaissances. L'un est habillé en rouge, torse nu, l'autre n'a pour vêtements qu'un chapeau de magicien, malgré le froid hivernal. Goblin connait ces deux hommes. Malgré leur accoutrement (ou manque d'accoutrement) ridicule, il sait que ces deux énergumènes sont parmi les meilleurs combattants de Sosaria, et aussi parmi les plus grands vantards.
Mais bon... Leur vantardise est méritée... Se vanter, faire bouger l'atmosphere placide de la taverne est pour eux un jeu qui dure depuis toujours. Un jeu que Goblin n'apprécie pas, mais qu'il peut comprendre.
Mais aujourd'hui, aucun des deux n'est en train de se vanter. Ils sont en train de répondre aux attaques verbales d'une multitude de petits nains hargneux, certains envahis par la jalousie, d'autres par un sentiment d'outrage aveugle si comique que Goblin ne peut s'empêcher de sourire.
Cependant, même ce spectacle navrant n'est pas assez pour retenir Goblin bien longtemps. Ses deux démons, Joe et Tusk, ont besoin d'être nourris. Goblin leur aurait bien sacrifié un ou deux des suscités nains hargneux, mais comme tout bon maître il fait attention à l'alimentation de ses familiers.
Poussant un grand soupir fataliste, le Sinistre Seigneur Goblin se lève pesamment de sa chaise, esquisse un salut à ses connaissances et disparaît dans la nuit.

Goblin